J’ai posé 5 questions à … Fabien Campaner

Fabien Campaner. Ce nom ne vous dit malheureusement pas grand chose. Honte à vous ! Cet homme, et donc cette chaîne par extension est la preuve vivante que le travail n’est pas nécessairement récompensé comme il se doit. Et pour cause, presque 30 000 abonnés, c’est bien, mais pas assez selon moi. Mélangeant habilement cinéma et Histoire, Fabien se fera un plaisir de briser vos clichés historiques, quand il ne donne pas tout simplement son avis sur les films du moment. Intelligentes, amusantes et très bien réalisées, ses “émissions” sont à voir, je ne peux que vous le recommander.


Minute Geek : La première question que l’on est en droit de se poser avec une chaîne comme la tienne, c’est : quelles sont les études que tu as faites ? Et, ce qui en découle, quel est ton travail principal ? En effet, ta chaîne propose du contenu majoritairement culturel.

Fabien Campaner : Alors, concernant mes études, j’ai fait un BTS communication visuelle, qui était plutôt orienté sur le Fabien Campanergraphisme et la typographie. Ce qui fait qu’actuellement, je suis graphiste indépendant. Mes connaissances en audiovisuel, je les aie apprises en autodidacte pendant plusieurs années en faisant des courts-métrages et ensuite des vidéos sur Youtube. J’adore faire des vidéos depuis tout petit et j’adore surtout apprendre de nouvelles techniques et les appliquer en expérimentant. Donc là, j’imagine que pour quelqu’un qui fait des vidéos de vulgarisation historique, ça peut paraître un peu léger comme cursus. Mais j’ai une bonne excuse, c’est ma compagne le cerveaux de l’équipe !

Justement parce que je vis au quotidien avec une doctorante en Histoire, et qu’on se transmet nos passions respectives pour le cinéma et l’Histoire.

M.G. : Comment as-tu eu l’idée originale de mélanger cinéma et Histoire, le tout sous couvert d’un cours magistral ? Tu as du coup à moitié répondu j’imagine…

F.C. : À force de regarder des films et de les analyser d’un point de vue technique (pour ma part) et historique (pour Lucie, ma compagne), on en est venu à imaginer un format d’émission qui traite de ces deux thèmes, et qui serait davantage focalisé sur les clichés véhiculés dans l’esprit du grand public que sur les pures erreurs anachroniques. Il faut savoir que Lucie travaille depuis quelques années sur une thèse ayant pour thème la piraterie du XVIIe et XVIIIe siècle (donc les Pirates des Caraïbes) et se concentre surtout sur la vision qu’avaient les contemporains de ces pilleurs des mers.

Du coup on essaye d’avoir une approche « d’enquêteur » sur les origines des clichés, et mettre en lumière les idées qu’ils véhiculent. Ce qui fait que parfois, on se permet d’aborder des thèmes qui ne sont pas véritablement historiques, comme « Les Trois Mousquetaires » (la vidéo ici) d’Alexandre Dumas, qui est une œuvre de pure fiction, et qui a servi de base pour la quasi-totalité des films traitant de ces soldats armés de mousquets. Actuellement, on se concentre sur « Les Légendes Arthurienne », et c’est délicat dans le sens où ce sont des mythes, et qu’il y a très peu, voire pratiquement aucune valeur historique sur ce thème. Alors que pas mal de long-métrage se vante d’être valable historiquement (genre « Le Roi Arthur » de 2004).

Arthur

Vu l’affiche, cela à l’air relativement historique

Pour la forme du cours magistral, elle vient tout simplement de nos expériences avec les différents enseignants qu’on a eus pendant toute notre scolarité. On a créé ce personnage de prof prétentieux qui n’hésite pas à faire des hors-sujets en cours pour étaler son savoir, parce que je pense que ça nous est tous arrivé d’en avoir eu. Et puis on avait envie de donner une image dynamique, avec l’interactivité du tableau et des étudiants, pour contraster avec l’aspect parfois un peu mou et statique des cours en France.

M.G. : Un savant mélange en tout cas, que personnellement j’adore. Quels sont les films que tu as le plus appréciés depuis ce début d’année 2016 ? En général ?

F.C. : L’année 2016 commence très bien, on a déjà eu un gros coup de cœur pour le film des frères Coen « Ave César » qui nous a beaucoup touchés. D’abord parce que ça parle de cinéma, mais aussi parce que ça aborde beaucoup de thèmes très intéressants, autour de la religion notamment. Je pense que l’idée était de comparer la foi religieuse et la faculté du spectateur à croire que l’action d’un film est réelle. C’est très bien abordé en tout cas, car le film est drôle, dynamique et surtout il y a Channing Tatum qui fait des claquettes, et rien que ça, ça vaut le déplacement (décidément, Channing Tatum est très présent dans ce début d’année).

En film d’animation, « Zootopie » s’est présenté comme une bonne surprise également, il y a un excellent traitement de thématique très dur comme la peur de l’autre, la psychose et les préjugés raciaux, tout ça dans un film qui parvient à être frénétique, hilarant et bourré de bonnes trouvailles visuelles. On s’attendait pas à autant de justesse sur une thématique aussi exploitée.

Dans un registre très différent, j’ai pu voir le nouveau film de Lucile Hadzihalilovic, « Évolution » qui je pense, n’est pas une œuvre très abordable, car très ancrée dans un schéma cliché de film d’auteur lent, mais qui propose beaucoup de bonnes choses, déjà une esthétique incroyable (il y a des plans sous-marins somptueux) et surtout une histoire terriblement intrigante et originale, qui souffre juste d’un rythme trop austère.Je trouve dommage que des concepts aussi intéressants tombent dans le travers d’être aussi refermés sur eux-même. Le film mériterait de trouver un meilleur équilibre pour toucher un public un peu plus large, car là, on tombe dans les extrêmes.

M.G. : Une question classique, mais essentielle : Comment imagines-tu ta chaîne dans 2-3 ans ? D’une autre manière, que comptes-tu faire pour l’améliorer ? Des projets de prévus ?

F.C. : Pour la chaîne, on espère continuer de développer le programme « On va faire Cours » qui semble avoir vraiment trouvé un public. On aimerait en faire davantage, plutôt qu’un épisode tout les deux ou trois mois, ce qui n’est pas évident avec nos boulots. Je pense que faire du contenu plus régulièrement serait l’amélioration prioritaire de la chaîne, mais ça reste encore difficile à l’heure actuelle. Le travail de recherche et de vulgarisation d’un sujet historique en lien avec le cinéma nous demande énormément d’investissement, en temps et en énergie.On va faire cours

C’est justement pour ça que j’ai lancé une page Tipeee récemment (ici), pour voir si ça peut nous permettre de nous concentrer davantage sur les émissions. On est d’ailleurs très surpris de constater que ça fonctionne aussi bien et si vite. Pour le moment on a encore rien touché (car on n’a pas encore sorti d’épisode depuis la création du Tipeee), mais il y a beaucoup de promesses de « tip » et c’est terriblement encourageant.

J’avoue que la perspective de pouvoir vivre de nos vidéos sur Youtube est chatoyante, mais pour le moment ça reste de l’ordre du fantasme et j’avoue que je n’y crois pas trop. Ça restera une passion à côté d’un boulot alimentaire à mon avis, mais qui sait.

En bref, dans trois ans je pense qu’on fera encore ce programme. Pour le moment, on a encore beaucoup de sujets qu’on a envie de traiter, ce qui fait qu’on n’envisage pas d’autres projets qui succéderaient à celui-ci pour le moment.

M.G. : Un petit mot pour la fin ?

F.C. : Bah merci beaucoup de nous avoir contacté pour parler un peu de notre boulot, ça fait plaisir. Et pis je vous souhaite du succès avec la reprise de votre site ainsi que plein de bonnes choses, comme par exemple des beignets à la cerise, car c’est très bon, les beignets à la cerise (ndlr : cet homme a visiblement du goût).

Ciao !

Nous remercions Fabien énormément pour ses réponses très précises, le temps qu’il nous a consacré, et nous lui souhaitons un très bonne continuation dans ce monde sauvage et dangereux qu’est Youtube. Si après cette petite interview, vous ne foncez pas voir sa chaîne, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

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